Les engrais naturels

Le compostage : des moyens naturels, un engrais de qualité "
de Laurent MALLET, adjoint au maire chargé de l'environnement et des patrimoines.
Article paru dans le BCV n°104 de juillet 2002

Dans le cadre du sixième chantier de jeunes internationaux qui se déroulera du 09 au 26 juillet prochain, la commune va initier l'élaboration d'une plate-forme de compostage qui devra accueillir les déchets verts des espaces publics du village. Cette opération pilote, unique sur le territoire du parc et largement financée par le PNR, s'ajoutera à une initiative déjà amorcée par la commission environnement en matière de compostage individuel .

Même si de nombreux jardiniers ne l'ont que récemment ajouté à leurs activités d'entretien, le compostage est pratiqué depuis fort longtemps. Il devient aujourd'hui un intérêt général à travers lequel des gens cherchent des moyens de contribuer directement à la protection de l'environnement en rendant à la nature les éléments nutritifs qu'elle a fourni et diminuer ainsi le coût des ordures ménagères.

Le compostage ne nécessite aucun matériel sophistiqué. Seule une formation dans la connaissance des produits indispensables et interdits pour la production d'un compost de qualité est souhaitable. Durant toute cette campagne, Jean-Claude Valentin, bénévole à la commission environnement, est et sera votre interlocuteur si vous désirer acquérir un composteur sur simple demande de votre part en mairie.

Le compostage est une technique de traitement biologique ou plus précisément un système naturel de recyclage des déchets organiques au cours duquel ces déchets sont transformés par les micro-organismes du sol, en compost. Ce procédé produit beaucoup de chaleur. Au cours de l'élévation de température, différents groupes de micro-organismes entrent en jeu. Ainsi, bactéries, champignons et insectes marient leurs efforts pour transformer en humus les mauvaises herbes et les feuilles, les tontes de gazon, les épluchures de légumes et autres déchets organiques ménagers.

En retournant ou en brassant la pile lorsque la température baisse, on réoxygène le système autonome de recyclage et la chaleur augmente de nouveau indiquant ici que des matières organiques sont encore susceptibles d’être décomposées. Lorsque la température baisse pour la dernière fois, c'est au tour des fourmis et des vers de terre de s'installer, ce qui indique que le compost ainsi fabriqué peut maintenant servir à nourrir les plantes de votre jardin.

Prêt à l'emploi, le compost dégage une odeur fraîche, à l'instar des tapis d'humus forestiers, véritables composts naturels sans intervention humaine. À ce stade, votre compost ne se réchauffera plus quelle que soit la fréquence des brassages de la pile.

Après maturation, le résultat obtenu est un humus grumeleux dont les matières originales ne peuvent plus être identifiées. Sa qualité nutritive dépendra de la richesse et de la variété des déchets entreposés et de son exposition aux intempéries. En matière de jardinage, il n'existe jamais de mauvais compost. Seuls les composts commerciaux doivent répondre à des exigences très précises auxquelles les vrais jardiniers ne s'intéressent pas vraiment.

Votre compost ajoutera au sol des matières organiques et des nutriments. Il améliorera sa texture en la rendant plus aérée et augmentera sa capacité à retenir l'eau. Considéré comme un engrais naturel, il peut être appliqué aux pieds des plantes en grande quantité et à tout moment car il ne brûle pas les racines.

L'utilisation du compost est très variée :

On peut l'incorporer au sol pour l'ameublir lors des plantations potagères ou d'agrément à raison d'égale quantité avec la terre qui s'en trouve mieux aérée et retient l'eau avec plus de facilité.

En traitement de surface sur les gazons, il peut être épandu au même titre qu'un engrais chimique apportant ainsi les nutriments suffisants pour une reprise au printemps mais aussi tout au long de l'année. Lorsqu'un gazon souffre de destruction, il est recommandé d'incorporer du compost avant les semences alors qu'un engrais chimique est très déconseillé.

En traitement localisé, le compost s'utilise comme un engrais traditionnel en l'incorporant dans la terre de surface. Là, et comme toute complémentation nutritive, un arrosage abondant est conseillé. C'est aussi un moyen efficace de nourrir les plantes d'intérieur et les jardinières par ajout en surface et surtout lors de rempotages en égale quantité avec le terreau.

Vous pouvez aussi soigner vos plantes par un "thé" de compost ; dans un seau d'eau, vous aurez fait infuser votre compost protégé par un chiffon. Lorsque l'eau aura la couleur du thé, verser- la dans vos pots. Vos plantes ne s'en porteront que mieux.

Il peut être également utilisé en paillage avant l'entrée dans l'été. Aussi bien dans le potager que dans le jardin d'agrément, déposé en plusieurs couches aux pieds des plantations, votre compost découragera les mauvaises herbes, gardera la fraîcheur et la chaleur de la terre. Utilisé seul, il vous servira à réaliser vos semis et à faire pousser vos légumes dans des contenants à partir de graines.

Les volumes se réduisent énormément lors de la fermentation et de la maturation. N'hésitez pas à composter. Vous n'en aurez jamais trop, mais lorsque vous l'utiliserez, mettez les quantités nécessaires sans être économe. Vous serez peut-être amenés à stocker votre compost fini près de votre composteur pour préparer une nouvelle pile, ce qui est la meilleure solution pour un compost de qualité. Mais, vous ferez aussi comme beaucoup de jardiniers amateurs qui approvisionnent leur composteur au fur et à mesure, sans trop se soucier du reste. Ne vous inquiétez pas, ce sera très bien aussi. Par contre, le compost fini risque alors de ne pas être homogène lors de son utilisation.

Après le tri sélectif, jusqu'à trente pour cent des déchets que nous éliminons chaque semaine peuvent partir dans le composteur. La réduction de la production d'ordures ménagères est un point important pour une meilleure gestion environnementale et économique pour l'ensemble de la communauté. La fois prochaine, nous verrons qu'elles sont les recettes d'un bon compost.

Suite du dossier sur le compostage dans le BCV n°105 d'août-septembre 2002.

FERTILISATION

La terre bien nettoyée, aérée, reposée, après un hiver improductif, n'est pas forcément une bonne terre si elle a été malmenée, usée par des cultures intensives, ou si sa composition originelle est déséquilibrée. L'excessive acidité du terrain ne permet pas toutes les cultures, prédispose aux parasites, etc. Le manque d'humus est la carence la plus grave car sans lui, aucune culture n'est possible. Quelques années d'abandon de la fertilisation conduisent à l'épuisement du sol. Il faut rendre à la Nature ce qu'elle donne.

Les 2 clés de la réussite sont fertilisation et le travail du sol, qui doivent respecter sa nature et les cycles biologiques.

PROPRIETES DE L'HUMUS

L’humus est le produit de la digestion des micro-organismes désagrégeant les débris organiques végétaux et animaux déposés sur le sol ou enfouis (un épandage de potasse chimique mange l'humus et réclame un apport de fumier ou de terreau). La composition minérale de la terre du jardin guide donc le choix des cultures. Mais même idéale, elle ne donnera pas de bonnes récoltes saines si l'humus est absent. Dans une terre trop lourde, un apport d'humus allège notablement le sol ; l'humus aide l'argile, par agglutination, à former des floculats permettant l'aération de la terre. L'azote organique très présent dans l’humus, a besoin de l’eau et de l’oxygene de l’air (arrosages, binages) pour être directement assimilable par les plantes.

L'humus est usé par le jardinage ; après le ramassage des légumes, il reste peu de déchets organiques sur le sol, la demande en humus est beaucoup plus importante que l'offre spontanée. Il faut, chaque année, faire un apport important de matières organiques. Sans elles, la terre devient aride, puis meurt.

Chaque fois qu'il est possible, il faut éviter de laisser nue la terre qui devient inapte à la vie des petits animaux, se dessèche et demande des arrosages et des binages fréquents. En la recouvrant de mousse, véritable édredon végétal, on maintient une humidité constante (en soulevant de temps à autre un coin de mousse, on trouve une belle terre fraîche, friable, habitée de quantité de petits animaux). Lors de l'arrosage, chaque brin de mousse pulvérise et aère l'eau qui ne cimente plus le sol ; ainsi les binages sont inutiles. Au printemps, la plante repart beaucoup plus vite, souffrant moins des gelées, car la terre qui l'entoure n'est pas froide.

REGENERATION DU SOL PAR LE COMPOST

Pour que l'humus soit bien utilisé par les plantes et les arbres, il faut les minéraux correspondants, comme un médicament naturel, pour rendre la santé à une terre carencée dont il a besoin rapidement.

Par la méthode biologique, avec l'aide des engrais verts, du compost, de l'apport d'humus, il est facile de redonner la vie à une terre qui meurt, mais il faut au moins 3 ans :

  • pour permettre aux vers de terre encore existants de reprendre vigueur et de se multiplier
  • pour retenir l'eau de pluie, qui s'écoule rapidement, comme à travers un filtre, jusqu'aux couches argileuses
  • pour éviter que la terre, si elle est argileuse, se prenne comme un ciment aux beaux jours.

Les amendements naturels tels que : feuilles pourries, humus des forêts, cendre d'herbes, de feuilles, ne peuvent être envisagés que pour les tout petits jardins. Le varech, le goémon et le guano se trouvent facilement dans les régions maritimes.

Les amendements minéraux doivent provenir d'une source naturelle (mines, carrières) et être bruts. Tous les résidus de l'industrie doivent être rejetés énergiquement (nitrates synthétiques, résidus d'épurage du gaz, résidus d'abattoirs, tourteaux épuisés, etc.). Il existe des amendements

  • calcaires : chaux, marnes, craies broyées, dolomies
  • siliceux : poudre de silice, silicium, poudre d'ardoise
  • argileux: argile en poudre ou finement concassée
  • azotés: nitrate de soude du Chili (très dangereux à la consommation), phosphates du Maroc
  • potassiques: sylvinite d'Alsace, phosphates des Pyrénées, poudres de mica
  • sodiques : sel marin.

Utiliser ces produits suppose de connaître parfaitement les réactions du sol à soigner. C’est pourquoi, avant cette médication de choc, il faut laisser en jachère, pendant 1 an, 2 ou 3 m² pour un petit jardin, 1 are pour un terrain plus grand. L'observation attentive, au cours de l'année, indiquera les carences du sol. Les amendements minéraux seront incorporés pendant l'hiver suivant.

Le calcaire et les oligo-éléments sont absolument indispensables à une bonne culture biologique. Un petit poudrage de maërl après les semis donnera vigueur et solidité aux jeunes plantes. Toutefois, il ne faut pas tomber dans l'excès contraire et recouvrir tout de maërl ; les feuilles ne pourraient plus respirer, et l'excès de certains éléments bloquerait la bonne utilisation des autres.

Il faut se rappeler le principe d’harmonie : en effet, de même que dans l'alimentation humaine, les rapports entre les différents éléments sont plus importants que les quantités.

Le compost doit toujours être humide et aéré, et non pas sec, ou mouillé, ou compact. Par temps sec, il faut l'arroser, et il doit toujours être protégé soit par des buissons, soit par des arbustes ou des nattes de paille ou des plantes telles que concombres, potirons, lupins, que l'on sème près du tas et que l'on fait courir dessus. Une haie de sureau est particulièrement indiquée autour du coin à compost.

Au bout de 6 mois, retourner et bien mélanger, puis reconstituer un tas, le recouvrir de terre, et l'utiliser 4 à 5 mois après. On obtient ainsi une terre fine à odeur de forêt, extrêmement riche.

REGENERATION DU SOL PAR LE FUMIER

De la colombe au vieux cheval, en passant par les pigeons, les poules, les canards, les oies, les dindes, les moutons, les chèvres, l'âne, chacun peut trouver son fournisseur personnel de fumure naturelle. Un cheval est ainsi très suffisant pour l'entretien d'un hectare, et un mouton ne doit pas séjourner plus de 6h/m²/an si l'on veut conserver une terre équilibrée.

  • Le fumier de cheval ou d'âne est le plus apprécié parce qu'il permet de faire facilement des couches chaudes ; sa composition est sensiblement la même que celle du fumier de mouton qui s'échauffe aussi, contrairement aux fumiers de vache ou de porc qui sont des fumiers froids.
  • Les excréments des pigeons, colombes, tourterelles sont très riches et agissent très vite. La colombine est le seul fumier animal que puisse obtenir un jardinier propriétaire d'un tout petit coin de terre ; mais son excellence est telle qu'un couple par are cultivable est suffisant. Elle ne doit jamais être employée en couverture elle brûlerait toute la végétation. La poulaille est l'ensemble des fientes de volatiles de basse-cour ; bien qu'un peu moins énergique que la colombine, elle est encore très riche. Cette richesse permet l'entretien d'un jardin moyen, grâce à un poulailler bien conçu.

Les excréments doivent toujours être mélangés à de la paille, qui retient l'humidité et évite toute perte ; à défaut, les feuilles sèches, le foin, le varech ou la tourbe sont nécessaires.

La préparation du fumier est différente suivant la quantité obtenue. Les petits volumes seront incorporés au compost, la couche ne sera pas laissée à l'air, mais recouverte de terre et arrosée. Un arrosage, en dehors des chaleurs, est suffisant ; mais en été, il faut entretenir l'humidité pour éviter le développement de champignons qui diminueraient de façon appréciable la richesse en azote.

On peut évidemment se procurer un peu de fumier dans une ferme voisine, mais il faut être sur qu’aucun produit insecticides, fongicides ou médicamenteux n’est utilisé, car les litières sont souvent traitées pour permettre aux animaux de résister aux parasites, sans compter que les animaux eux-mêmes peuvent avoir été soignés ou être malades, et contaminer leur litière, ou rejeter des produits nocifs par les voies naturelles. Si l'on n'est pas certain des soins donnés aux animaux, il est plus profitable de se passer de fumier et de se contenter de compost.


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Les engrais chimiques

Un point essentiel pour la réussite de votre potager, vos massifs de fleurs ou vos plantations.

Demandez à votre horticulteur , il vous conseillera ou lisez ces quelques informations

http://www.obi.fr/fiches/pdf/jar/1_8.PDF

Les engrais quelques infos

L'engrais est l'élément compensateur d'un sol insuffisamment riche en une ou plusieurs substances nécessaires au rendement quantitatif ou qualitatif attendu. Mais les effets de certains produits sur l'environnement – qui préoccupent de plus en plus les industries agricoles – incitent aujourd'hui les producteurs d'engrais à limiter et à prévenir les problèmes de pollution, soulevés notamment par la teneur en nitrates des nappes phréatiques.

Dès l'Antiquité, on ajoutait au sol, de façon empirique, les phosphates des os (calcinés ou non), l'azote des déjections animales et humaines, le potassium des cendres.

L'utilisation d'engrais chimiques commence au XVIIe siècle avec l'emploi du salpêtre (nitrate de potassium). En 1842, l'agriculteur anglais John Lawes met au point une méthode de fabrication de superphosphates par action de l'acide sulfurique sur les os. Mais il faudra attendre la substitution des os par les phosphates minéraux naturels pour que la production s'industrialise.

Si la synthèse de l'ammoniac, à partir de l'azote atmosphérique, est réalisée dès 1909 par le chimiste allemand Fritz Haber, l'industrie des nitrates synthétiques ne prend son essor qu'après la Première Guerre mondiale. De 1945 jusqu'aux années 1970, les progrès de la chimie et de la biologie modifient profondément la recherche appliquée au domaine des engrais, qui vit alors son âge d'or. À la fin de cette période, le prix de l'énergie, la crise de l'agriculture mondiale et l'acuité des problèmes de l'environnement déterminent l'évolution d'une industrie en cours de restructuration.

La production des engrais

L'industrie des engrais fait partie de la chimie de base, par opposition à la chimie fine (pharmacie, peintures et vernis, parfumerie, produits photographiques).

La chimie des engrais est habituellement qualifiée de minérale, par opposition à la chimie organique (pétrochimie, carbochimie, etc.). Cependant, techniquement, certains produits intermédiaires entrant dans la composition des engrais relèvent de la chimie organique (gaz naturel, urée) et d'autres de la chimie minérale (acides sulfurique et phosphorique).

Les sources

Les producteurs d'engrais forment avec les fabricants de produits phytosanitaires le pôle d'agrochimie du complexe agro-industriel, en amont de l'agriculture (elle-même fournisseur des industries agroalimentaires); plus généralement, les industries fabriquant des intrants agricoles forment un ensemble, l'agrofourniture.

L'azote

Avant la mise au point de la synthèse de l'ammoniac par Haber (prix Nobel de chimie en 1918), la France importait des nitrates du Chili et des engrais azotés organiques.

Par la suite, elle a produit du nitrate de chaux, à partir d'acide nitrique (fabriqué à l'arc). Aujourd'hui, l'azote de l'air et le gaz naturel constituent la matière première pour la fabrication des engrais azotés.

Le phosphore

Il est majoritairement tiré du sol (phosphates naturels), une partie provenant encore des scories de déphosphoration de l'industrie de l'acier. Pour 85 % d'entre eux, les phosphates naturels exploités dans le monde servent à la fabrication d'engrais; le reste est utilisé par l'industrie des détergents et celle des aliments pour animaux. En 1991, la production mondiale s'élevait à 150 millions de tonnes; les principaux pays producteurs sont les États-Unis, l'ex-URSS, le Maroc et la Chine (respectivement 48, 33, 18 et 18 millions de tonnes).

Les réserves mondiales sont jugées suffisantes pour les 200 ans à venir, au rythme de consommation actuel; leur estimation varie, selon les sources, de 14 à 27 milliards de tonnes (auxquelles s'ajouteraient de 20 à 50 milliards de tonnes exploitables à un coût supérieur); le Maroc en détient 66 %, devant les États-Unis (8 %) et l'Afrique du Sud (6 %). Près de 75 % des réserves sont situées dans des pays en voie de développement. La France ne dispose pas de minerai phosphaté sur son territoire.

Le potassium

En 1987, la production mondiale du minerai de base, la sylvinite (chlorure de potassium et de sodium), était de 28 millions de tonnes. L'URSS, le Canada, l'Allemagne, les États-Unis (respectivement 7,5, 6,7, 6 et 2,2 millions de tonnes) étaient les principaux producteurs.

Les réserves mondiales sont très abondantes par rapport aux besoins: on les estime à 12 milliards de tonnes extractibles au prix actuel, auxquelles s'ajoutent 125 milliards de tonnes extractibles à un coût supérieur. Le Canada en possède respectivement 75,6 et 46,4 % (l'ensemble de l'Europe de l'Ouest ne détient que 2,8 % des réserves totales de minerai).

En France, les engrais simples et les produits intermédiaires sont fabriqués essentiellement en basse Seine et dans le Sud-Ouest (Bordeaux, Toulouse). La production d'engrais composés est, au contraire, répartie sur tout le territoire en une centaine d'ateliers et d'usines (68 entreprises).

À l'articulation entre fabrication et distribution, il faut noter le développement, depuis 1975, de petites unités de mélange sur mesure d'engrais simples, proches des agriculteurs. Ces bulk-blendings – au nombre d'environ 300 – sont originaires des États-Unis, où cette technique de mélange d'engrais est structurelle: plus de la moitié de la production prend régulièrement cette forme. En France, elle est pratiquée de façon ponctuelle par les acheteurs d'engrais, lorsqu'elle revient moins cher que les engrais composés proposés par les industriels.

En Europe, la production d'engrais relève à 80 % du secteur nationalisé. Le marché français des engrais représentait, pour la période d'été à été 1990-1991, environ 14,7 millions de tonnes, dont la moitié était contrôlée par seulement deux groupes: Grande Paroisse, S.A. du groupe Elf Aquitaine (30 %), et Hydro-Azote, filiale de Norsk Hydro (20 %). Sept groupes se partageaient à peu près également l'autre moitié.

La filière d'élaboration des principaux engrais industriels simples

Les tendances actuelles

Dans les années 1980, l'industrie européenne des engrais a connu une crise due en grande partie à l'augmentation du coût des matières premières et à la baisse des prix des produits liée à l'ouverture du marché européen à la concurrence internationale. Le début de la décennie 90 voit s'ajouter à ces difficultés une baisse structurelle de la consommation d'engrais en Europe du Nord, en raison de la diminution des revenus des agriculteurs et des problèmes posés par la protection de l'environnement.

Par ailleurs, les industriels des engrais doivent faire face à deux défis: en amont, la fabrication des produits finis ou semi-finis tend à être prise en charge sur place par les détenteurs des matières premières (États-Unis, Moyen-Orient, Maroc, Caraïbes); en aval, négociants, coopératives agricoles et organismes de conseil jouent un rôle de plus en plus important dans la distribution des engrais et sont devenus des intermédiaires incontournables.

Industrie et environnement

La montée des préoccupations concernant l'environnement incite les industriels des engrais à travailler sur les problèmes de pollution, tant lors de la production que lors de l'utilisation.

Les engrais phosphatés

Ils renferment une partie des impuretés que contiennent les matières premières de départ: fluor, cadmium, arsenic et quelques quantités minimes d'éléments radioactifs (uranium, thorium, radium). Cependant, les émissions de polluants dépendent de la matière première employée, des procédés de fabrication et de traitement des effluents et, finalement, de l'âge de l'usine, car les normes de construction ont beaucoup évolué. Des rejets d'ammoniac, d'oxydes et de protoxyde d'azote, ainsi que de fluor se retrouvent dans l'air, d'autres dans l'eau (ammonium, nitrates, phosphates et également fluor). Les déchets solides à la production sont essentiellement le phosphogypse (sulfate de calcium) produit par l'attaque à l'acide phosphorique des phosphates naturels: on obtient 10 t de phosphogypse par tonne de phosphore.

Les engrais azotés

Certains engrais et produits intermédiaires présentent des dangers et exigent des précautions particulières de fabrication, de transport et de stockage. L'ammoniac est un gaz toxique et le nitrate d'ammonium, bien que non inflammable, peut présenter des risques d'explosion – s'il est pris dans un incendie et contaminé par des produits organiques. Le transport de l'acide sulfurique, intermédiaire important dans la fabrication des engrais, est dangereux également.

Les engrais potassiques

L'enrichissement du minerai a causé, en France, un accroissement du degré de salinité des eaux du Rhin en aval des mines de potasse d'Alsace.

La pollution des eaux par les nitrates d'origine agricole

Les éléments nutritifs indispensables aux végétaux peuvent être retenus par les particules de sol (complexe argilo-humique) – c'est le cas des phosphates, du potassium, du magnésium, du calcium et de la plupart des oligo-éléments – ou être complètement libres, comme les nitrates, les sulfates, et donc entraînés en profondeur lors des périodes de drainage.

Au regard de la protection de l'environnement, tous les nitrates présents dans le sol à des périodes où les pluies peuvent excéder l'évaporation représentent un danger potentiel.

Ces nitrates ont trois grandes origines:

– les engrais de synthèse ou organiques (lisiers, etc.);

– la décomposition des matières organiques du sol (humus);

– la décomposition des résidus culturaux.

Le coût des engrais azotés industriels incite généralement à les utiliser à bon escient. Les pertes de nitrates en cours de culture sont peu fréquentes en raison de l'absence de drainage au printemps et en été. Cependant, après la récolte, l'excès d'azote provenant d'une «surfertilisation» ou d'un rendement plus faible qu'escompté peut présenter un potentiel de pollution nitrique, que peuvent renforcer des nitrates d'autres origines, qui représentent souvent des quantités plus importantes: ceux qui proviennent, par exemple, de la décomposition de l'humus du sol – elle se produit toute l'année et se poursuit aussi après la moisson, période où généralement aucune culture n'est en mesure de consommer les nitrates – et de la décomposition des résidus culturaux.

Selon leur nature, les résidus enfouis consomment de l'azote (pailles de céréales) ou en libèrent (fanes de pois, verts de betteraves) au cours de leur décomposition.

L'environnement, remèdes et prises en compte

En matière de santé, le principal inconvénient de la fabrication des engrais, en milieu professionnel, est la production de poussières pouvant entraîner des allergies, par exemple.

La prise en compte des problèmes d'environnement par les professionnels des engrais azotés a été officialisée en France par la signature, le 13 mars 1991, d'une convention entre les représentants de l'industrie et de la distribution des engrais et les ministres de l'Agriculture et de l'Industrie. Elle a pour objet de promouvoir la fertilisation raisonnée et d'établir une charte de qualité. L'engagement de la profession inclut la sensibilisation de ses propres réseaux de vente. Des programmes de recherche sont conduits par les industriels, en collaboration avec l'INRA et les instituts techniques de la profession agricole (Institut technique des céréales et des fourrages, par exemple), et débouchent sur le conseil aux agriculteurs. Le problème très connu des nitrates ne doit pas faire oublier que les impuretés présentes dans les engrais à la livraison se retrouvent à terme dans le sol; ainsi l'industrie des engrais met-elle actuellement au point des techniques d'extraction du cadmium contenu dans les phosphates naturels.

De la même façon que les pétroliers se sont engagés dans une réflexion globale sur les sources d'énergie, les industriels élargissent leur conception: d'une chimie fabriquant des produits (les engrais), ils évoluent vers une chimie réalisant une fonction (la nutrition végétale) avec la prise en compte de tous les paramètres du système sol-plante. Les efforts portent aussi bien sur les méthodes de production – dont on cherche à réduire le coût (en vingt ans, l'énergie nécessaire à la production d'une tonne d'azote a baissé de 30 %) – que sur l'amélioration du produit: teneur moins forte en cadmium pour les phosphates, réduction de la fourchette de taille des granulés pour un épandage précis et homogène, mise au point d'engrais retard par adjonction d'un enrobage qui diffère la diffusion du produit dans le sol. Une part importante de la recherche concerne la mise en œuvre du produit au champ: doses, période et rythme d'épandage optimaux sur le double plan économique et écologique. Des tests sont effectués sur des parcelles expérimentales.

L'industrie mondiale des engrais assume une contradiction structurelle: la nécessité – qui est celle d'une industrie lourde – de produire en continu une gamme de produits restreinte, alors que la demande est fluctuante (saisonnière, soumise aux aléas du temps et des prix agricoles) et très variée (adaptation accrue de la fertilisation aux différents sols, aux cultures en cours, au climat).

Autre paradoxe, la consommation des pays développés montre une tendance récente à la stagnation ou à la décroissance alors que, dans le même temps, l'accroissement de la population mondiale rend nécessaire un développement global de la production agricole et donc de la consommation d'engrais.

L'utilisation des engrais

Quand l'agriculteur défriche et sème, il remplace certains végétaux par d'autres. Lors de la récolte, il prélève ces cultures, les empêche de retourner à la terre. Le sol, ponctionné, perd lentement matières minérales et organiques. Pour cultiver durablement, il est donc impératif de le nourrir, de le fertiliser. L'utilité des engrais n'est nulle part contestée, mais il y a débat sur le type d'engrais, le moment de l'épandage et les doses. Désormais les choix s'inscrivent dans le cadre de la confrontation entre les exigences du développement, de la protection de l'environnement, et des rapports de force politico-économiques.

Amendement et fertilisation

L'amendement est un produit ajouté au sol pour en améliorer l'état physique et chimique (structure et pH). Il s'agit essentiellement de composés organiques (fumiers, lisiers, boues...) ou calciques. L'amendement n'apporte donc pas directement de «nourriture» au sol, mais il a pour effet de faciliter la germination, le développement des racines, la circulation de l'eau et de l'air, l'assimilation des fertilisants. Si l'amendement ne participe qu'indirectement à la nutrition végétale, l'engrais est un véritable aliment pour la plante. Les engrais et les amendements font partie des «intrants agricoles», que l'on fait artificiellement entrer dans le système plante cultivée-sol. Les intrants comprennent aussi des produits de protection des cultures (produits phytosanitaires), les semences, les aliments et les médicaments du bétail. Certains y ajoutent l'irrigation et l'emploi des machines agricoles. Les engrais organiques (engrais verts, c'est-à-dire végétaux, ou animaux) peuvent ne pas être considérés comme des intrants s'ils proviennent de l'exploitation, mais c'est loin d'être toujours le cas. La façon dont les techniques utilisant les engrais s'imposent à l'agriculteur d'aujourd'hui place l'agriculture en situation de dépendance vis-à-vis d'un ensemble industriel, l'agrochimie


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