Que mange Le Criquet et pourquoi il raffole de certaines cultures ?

Sur un champ de mil après la saison des pluies, on repère d’abord les tiges sectionnées net à mi-hauteur. Pas de trace de rongeur, pas de morsure irrégulière : le criquet découpe les tissus végétaux avec ses mandibules comme un sécateur. Comprendre ce que mange le criquet, c’est d’abord observer ce type de dégât pour identifier les cultures à protéger en priorité.

Appareil buccal du criquet : une mécanique de découpe adaptée aux fibres végétales

Les concurrents décrivent le criquet comme un mangeur généraliste. Sur le terrain, la réalité est plus précise. Le criquet possède des mandibules de type broyeur, orientées latéralement, qui cisaillent les fibres des feuilles et des tiges au lieu de les percer ou de les sucer.

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Ce détail anatomique explique pourquoi on retrouve des fragments découpés au sol autour des plants attaqués, et non des feuilles flétries comme avec un insecte piqueur-suceur. Les palpes maxillaires, situés juste derrière les mandibules, servent à tester la texture et la composition chimique de la surface végétale avant ingestion.

En pratique, un criquet ne se pose pas au hasard sur une plante. Il palpe, goûte, puis décide de consommer ou de passer à la tige suivante. Cette sélection active contredit l’image d’un insecte qui dévore tout sans discernement.

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Criquet brun sur une feuille de maïs en train de la ronger, illustration des dégâts causés par les criquets sur les cultures de maïs

Régime alimentaire du criquet : graminées, céréales et jeunes pousses en priorité

Le criquet est un phytophage, c’est-à-dire qu’il se nourrit exclusivement de végétaux. Son régime couvre les feuilles, les fleurs, les fruits, les graines et même l’écorce tendre. Mais toutes les plantes ne l’attirent pas de la même façon.

Les graminées et les jeunes pousses tendres constituent ses cibles favorites. Le blé, le mil, le sorgho, le maïs, le riz : ces céréales combinent une teneur élevée en eau dans les tissus jeunes et une faible concentration en composés de défense chimique. Pour le criquet, c’est une nourriture facile à découper et à digérer.

Ce qui rend une culture plus attractive qu’une autre

On observe sur le terrain que les criquets délaissent souvent les plantes à forte teneur en alcaloïdes ou en latex (certaines solanacées, euphorbes). En revanche, ils se concentrent sur les parcelles où la végétation est jeune, verte et dense.

  • Les céréales au stade tallage ou montaison, quand les tiges sont gorgées de sève et les feuilles encore souples, subissent les attaques les plus sévères
  • Les cultures maraîchères à feuilles larges (salades, choux) sont également consommées, mais plutôt en l’absence de graminées disponibles
  • Les arbres fruitiers adultes résistent mieux : le criquet s’attaque aux feuilles tendres de la canopée sans forcément compromettre la récolte, sauf en cas d’essaim massif

Cette préférence pour les graminées n’est pas un hasard. La structure cellulaire des feuilles de graminées, avec leurs nervures parallèles, se prête bien au découpage latéral des mandibules. Les feuilles à nervures ramifiées (dicotylédones) opposent plus de résistance mécanique.

Comportement alimentaire en essaim : pourquoi les dégâts deviennent catastrophiques

Un criquet isolé, en phase dite solitaire, consomme quotidiennement une quantité de végétaux équivalente à son propre poids. Les dégâts restent alors dispersés et peu visibles à l’échelle d’une parcelle.

Le basculement se produit lors de la phase grégaire. Quand la densité de population augmente (souvent après des pluies favorables à la reproduction), les criquets changent de comportement, de couleur et de morphologie. Ils forment des essaims qui se déplacent ensemble et se posent en masse sur les cultures.

La FAO, qui suit la situation mondiale des criquets pèlerins en continu, rappelle qu’une recrudescence majeure a été favorisée début 2020 par des conditions climatiques favorables permettant une reproduction à grande échelle. L’angle n’est pas seulement alimentaire : la dynamique des essaims est directement liée à la météo et aux cycles de précipitations.

Le rôle du vent et de la température

Les essaims de criquets pèlerins suivent les vents dominants, qui les portent souvent vers des zones de convergence où la végétation est abondante après les pluies. On se retrouve alors avec une concentration massive d’insectes sur des parcelles au pic de leur croissance végétale.

C’est cette conjonction entre disponibilité alimentaire maximale et arrivée groupée qui produit les destructions de cultures les plus graves. Un essaim dense peut raser une parcelle entière en quelques heures, ne laissant que les tiges lignifiées.

Nuée de criquets envahissant un potager de légumes verts, représentation des ravages d'une invasion de criquets sur les cultures maraîchères

Criquet pèlerin et cultures vivrières : un enjeu de sécurité alimentaire

L’impact du criquet sur les cultures ne se limite pas à une perte de rendement. Dans les régions d’Afrique de l’Est et d’Asie du Sud-Ouest, les cultures de céréales et de légumineuses constituent la base de l’alimentation. Quand un essaim détruit une récolte de mil ou de sorgho, c’est la sécurité alimentaire de communautés entières qui est menacée.

La FAO a fait de la lutte contre la recrudescence du criquet pèlerin en Afrique de l’Est l’une de ses priorités, en aidant les gouvernements à contenir cette menace par la surveillance satellite et les traitements préventifs.

Surveillance et anticipation au champ

Pour un agriculteur, la première ligne de défense reste l’observation. On surveille l’apparition de larves (les « ailettes » qui sautent au sol), on repère les zones de ponte dans les sols sableux humides après les pluies, et on signale toute concentration anormale aux services de protection des végétaux.

  • Vérifier les bordures de champ et les jachères adjacentes, souvent colonisées en premier par les larves
  • Surveiller les graminées sauvages en périphérie des parcelles : si elles montrent des signes de découpe nette, les criquets sont proches
  • Transmettre les observations aux réseaux de surveillance nationaux qui alimentent le suivi mondial coordonné par la FAO

Les retours varient sur l’efficacité des méthodes de lutte biologiques locales (champignons entomopathogènes, barrières végétales répulsives), mais la détection précoce reste le levier sur lequel on a le plus de prise à l’échelle d’une exploitation.

Le criquet ne raffole pas de « certaines cultures » par caprice. Sa préférence pour les graminées jeunes et tendres est dictée par la mécanique de ses mandibules et par la composition chimique des tissus végétaux. Protéger une parcelle, c’est d’abord comprendre ce qui la rend attractive, puis anticiper les conditions météo qui transforment quelques individus solitaires en essaim dévastateur.